Durant mon PVT Canada, j’ai fait plusieurs road trips : une épopée en auto-stop autour de Terre-Neuve avec mon amie Nina, deux petits périples en voitures de location autour de Baie St Paul, de Tadoussac et du Saguenay en solo et avec mes parents, un premier long road trip dans l’ouest du Canada en Alberta et en Colombie-Britannique avec Ricco, une quasi traversée en longueur des Territoires du Nord-Ouest et de l’Alberta pour rallier Yellowknife (TNO) à Calgary (AB) en passant par les parcs de Jasper et Banff avec mon amie Camille, un premier long road trip en solo de Calgary à Moose Jaw (SK) puis de Moose Jaw à Vancouver, un autre long road trip avec mon chéri dans le nord de la Colombie Britannique, le Yukon et l’Alaska (US) et enfin, l’ultime road trip… celui que j’ai réalisé en solo de Whitehorse (YN) à Calgary.
Ces aventures ne vous disent rien ?
C’est normal. De ces road trips, je n’ai rien raconté, ou très peu -essentiellement sur mon compte Instagram-, excepté la traversée de Terre-Neuve qui fait l’objet d’un article complet (à lire ou relire ici). C’est drôle parce que ces péripéties en voiture aménagée dans l’ouest du Canada m’ont pourtant énormément marqué pendant ce PVT.
Mais il n’existait à ce jour aucun article, aucun vlog.
C’est que j’ai toujours beaucoup de mal à en parler car ça me rend nostalgique et très émotive. Surtout, je crois qu’une part de moi veut garder pour elle tous ces souvenirs chéris, par peur qu’ils s’échappent et ne m’appartiennent plus une fois qu’ils seront partagés. Cela fait-il sens de votre côté ? Enfin, il y a quelques temps, j’ai parlé du Canada à des clients de l’agence de voyages et je me suis convaincue une bonne fois pour toutes que ces histoires de road trips méritent d’être racontées et d’être présentes sur le blog. Elles ont existé alors elles doivent exister ici, aussi.
Seulement, comment raconter toutes ces aventures ? Un road trip, c’est un peu souvent la même chose, bien que les paysages changent, c’est vrai. Mais est-ce pertinent d’aligner des descriptions de paysage, des adjectifs et superlatifs en veux-tu en voilà ? Surtout que, qu’on se le dise, j’utiliserai tout le temps mémorable, incroyable et magnifique. Vous le savez déjà, le Canada, c’est fantastique. Je l’ai assez dit, et vous l’avez assez vu dans tous les blogs de voyage déjà existants, les photos Instagram tout ça tout ça. Et puis, comme vous avez pu le constater dans mon énumération, j’ai fait plusieurs road trips, relativement longs. Alors ça risque aussi d’être redondant entre les histoires, puis entre mes histoires et ce qui est déjà visible sur l’internet aujourd’hui – surtout les road trips dans les parcs nationaux de Banff et de Jasper où la route empruntée et les points de vue admirés sont toujours les mêmes chez tout le monde. J’ai toujours cette réflexion en tête : qu’est-ce que je vais apporter de plus ? Enfin, je ne me souviens plus de toutes les bifurcations que l’on a prises, ni des émotions ressenties exactement tel jour. Je n’ai pas le courage de retracer exactement tous ces périples. On parle d’une bonne quinzaine de milliers de kilomètres.
Dans cet article unique baptisé sobrement « Road trips au cœur de l’ouest du Canada (Alberta, BC, Yukon) et de l’Alaska« , je vais tenter de poser des mots sans suivre de chronologie ou d’ordre établi. Libre de tout carcan de rédaction, j‘ai décidé de me prêter à un nouvel exercice :
Tu es venu me chercher à minuit passé dans cet aéroport de l’ouest du Canada.
Je débarquais dans cette partie de pays dont je rêvais tant
elle qui offrait tant de promesses
l’aventure commençait par une scène de road trip banale
nous nous sommes lavés les dents entre le caniveau et le trottoir d’une zone commerciale de Calgary, c’était mon premier sleeping spot gratuit.
On dormait entre des routiers fatigués et d’autres vagabonds des temps modernes, des comme nous
dans sa voiture aménagée qui allait devenir ma maison sur roues pendant cinq semaines
des maisons sur roues, j’en ai connu d’autres ensuite
le van de ma copine Camille puis ma propre voiture aménagée, on l’avait baptisée Riva
nous passions tellement de temps dans nos véhicules
nos refuges
on espérait qu’ils tiennent le choc car on n’avait pas les moyens
sur la Dempster Highway ou sur la longue route reliant Yellowknife à Meander River
on absorbait les nids-de-poule comme les français prennent les ronds-points
faut dire que la route en était parsemée
le Canada n’est pas le Canada sans ses routes en mauvais état
ses zones de travaux, ses bonhommes en gilet jaune pointant leur panneau stop
arrêtée, au milieu de nul part, avec comme reflet du rétroviseur la silhouette des majestueuses montagnes canadiennes
à ma droite un magnifique lac émeraude, Muncho Lake
je rêvais les yeux ouverts à chaque instant
et puis ces voitures escorte que l’on suivait docilement
sur ces routes de terre battue
sans savoir jusqu’où on irait
on râlait moins de ces ralentissements en ce temps-là.
Nous étions de toute façon déjà hors du temps
nous naviguions dans un monde où le réseau est rare et les ours noirs nombreux
on absorbait les kilomètres comme les français prennent les ronds-points, beaucoup de ronds-points.
Je me rappelle de mon émerveillement en Alberta
face à ces lacs turquoises dont on entend tant parler
devant ces milliards de sapins
je me rappelle
de cette ligne centrale jaune qui nous accompagnait sur ces milliers de kilomètres
de ma joie pure d’entrer en Colombie Britannique pour la première fois
de ce panneau Beautiful British Columbia, et de ses plaques d’immatriculation
certains en avaient des spéciales, avec un ours dessus.
La même émotion s’emparait de moi devant le panneau du Yukon
ça y est, j’y étais enfin, ça me semblait irréel.
Ont succédé aux montagnes gigantesques des plateaux comme méditerranéens
j’étais dans la vallée du vin et des pêches, aride Okanagan Valley
mes souvenirs sont mêlés de fumée dense
tant d’incendies cet été-là
nous avions dû foncer plus tôt que prévu
conduire sans se retourner, prier pour que l’on ne soit pas bloqués
même souvenir en quittant les TNO l’année d’après
alors que nous étions qu’en mai.
J’avais appris que Yellowknife était évacuée pendant ce premier road trip
entre deux zones sans réseau
il faut faire des choix quand on voyage au long cours
en voici un presque imposé.
Nous découvrions des nouveaux endroits tous les jours
notre voiture nous menait à tant de trésors
il faut parler de la diversité des paysages canadiens
j’ai admiré un canyon en Alberta
– saviez-vous qu’il y avait des endroits comme Dinosaur Provincial Park à l’est de Calgary?
des forêts humides avec des arbres gigantesques dignes de la trilogie Twilight
on est loin de pouvoir les entourer de nos bras, ces géants là.
Seuls au milieu de nul part, dans un autre temps
au Yukon, sur des routes parsemées de petites fleurs violettes
on est tout petits face à une nature immense
mais ça va, on a nos refuges.
On choisit nos sleeping spots avec soin
nos routines sont rodées
en camping sauvage ou en campground aménagé – laissé à disposition par la BC et le Yukon
souvent gratuits, parfois à 20 dollars
que l’on doit glisser tranquillement en toute autonomie dans la fente d’une boîte aux lettres
nous ne laissons aucune nourriture dehors, les ours sont tout proches
je fais pipi deux fois avant de dormir, j’ai peur de devoir y aller en pleine nuit et croiser un teddy bear
ou pire un cougar sur l’île de Vancouver.
Le jour, bien protégés par nos véhicules, on les admire
on les croise, on fait marche arrière, on observe
avec le temps, on ne s’arrête plus forcément
on en a vu tant.
On mesure notre chance tous les jours
gratitude, quand tu nous tiens.
Soudain, j’ai besoin d’une douche, ça fait quatre jours
je n’en peux plus
j’ai des lingettes mais ça ne suffit plus
les douches à 3 dollars deviennent le meilleur moment de la journée
remplir nos jerricans d’eau potable dans une station d’un village perdu
nous voilà parés pour de nouvelles aventures
gratitude, quand tu nous tiens.
On roule, on est paisibles
la Cassiar Highway nous en fait voir de toutes les couleurs
dans un hameau qui vit du jade, je m’offre un pendentif en forme d’inuksuk
je ne sais pas si c’est de l’appropriation culturelle
j’ose espérer que non
je suis très touchée par l’âme de tous ces lieux que l’on traverse, qui ont marqué bien des populations
après un océan de rien, ou plutôt de tout
un tas de paysages grandioses, vastes comme le monde
nous arrivons à la forêt des panneaux, la Sign post forest à Watson Lake
– posée là comme un cheveu sur la soupe
je ne m’attendais pas à la trouver sur un bord de route
pardon, pas n’importe quelle route
nous parcourions la mythique Alaska Highway –
forêt pas comme les autres
des milliers de plaques d’immatriculation et de panneaux d’entrée de communes cloués aux arbres
les uns au dessus des autres, depuis des années
le monde entier est passé là
tant de nationalités et d’Etats représentés
les allemands sont partout, les français nul part
ah si, voici une plaque puis une autre tout là-bas
ne sommes-nous donc pas fiers de notre pays?
Après Watson Lake, nous avions fait un détour en direction de l’est
faire un détour au Canada, c’est repasser la frontière avec la BC
après tout, il n’y a que peu d’axes routiers
faire un détour au Canada, c’est avoir besoin d’un ou deux nouveaux pleins d’essence
faire un détour au Canada, c’est devoir ajouter une nuit au programme
ne vous méprenez pas, ils valent toujours le coup
Liard Hot Springs, petit paradis sur terre
des sources d’eau chaudes naturelles dans un milieu conservé
apprécier ce que la nature a à offrir
profiter du spectacle d’un élan se nourrissant, depuis le ponton menant aux bains
imaginer à quoi ressemblerait cet endroit pétrifié par le froid
entouré de blanc et des volutes de vapeur le surplombant
ce serait plus irréel encore.
Nous sommes repartis en direction de l’ouest
– je me souviendrai toujours de ce rétroviseur que j’avais trouvé kitsch
je venais d’acheter Riva et avais tiqué sur un détail
ce rétroviseur dont l’installation douteuse avait entrainé un impact était intégré d’une boussole.
Dans ce pays où il n’y a que peu de routes, savoir dans quelle direction on roule est finalement sympathique –
sur la Alaska Highway que j’ai parcouru de bout en bout
il était temps de connaître l’âge d’or
à Whitehorse, nous avions seulement assuré la logistique de notre remontée du Yukon
plein de courses, plein d’essence, vidange, approvisionnement en eau.
La boussole de notre voiture indiquait plein nord
on fonçait tête baissée
cela ne prend que six heures sur le papier, cela nous en a pris bien plus que cela
puis c’est surtout qu’on a bifurqué
il fallait d’abord que je foule la Dempster Highway
pour être sûrs que je ne la manque pas
si mon plan ne marchait pas comme prévu
celui de me rendre jusque Tuktoyaktuk
pour toucher l’océan arctique, comme lui
m’en avait inspiré
mais nous irions jusque Tombstone seulement.
Nous n’avions pas tout le temps du monde
il avait pu prendre que quatre semaines de congés
rendez-vous compte.
Sur le panneau indiquant les kilomètres restant
avant le fameux océan
j’avais les yeux écarquillés
j’y étais, mythique route qui occasionnait tant de pneus crevés
de la gratitude, j’en avais tant.
La toundra était belle
depuis ce point de vue sur cette randonnée hors piste
nous pouvions admirer l’immensité
et au milieu d’elle
serpentait la Dempster Highway
dans ces moments là on oublie tout
les tracas classiques du road trip
les rivières agitées en lacets qu’il avait fallu traverser
les jurons proférés à l’autre
les plans qui ne fonctionnent pas comme l’on voudrait.
Dans ce camping au milieu du parc territorial
on s’était installé à table
il fallait bien admettre que c’était royal
de manger un burger dans cet endroit incroyable.
Il faut me croire pourtant
quand je dis que nous sommes si petits
dans cette nature si grande.
Enfin, quelle excitation d’entrer dans Dawson City
après un petit bain et une longue douche, à la piscine municipale ce jour-ci
nous sommes sortis de la ville, la découverte de la ville serait pour demain
un peu frustrée, mon enthousiasme revenait
depuis notre sleeping spot
repus de nos pâtes aux champignons cuisinées sur le réchaud
englouties avec une vue sur Dawson et le fleuve Yukon
depuis le Midnight Dome.
Fouler les routes de terre battue, nous revoici aux temps des cow-boy
je ne peux m’empêcher de penser à la face sombre de cette ville reculée
que j’avais découvert par une lecture singulière*
il est facile d’imaginer la rudesse du quotidien hivernal dans un lieu pareil.
Court passage à la Drave n°4 et pensée pour la nature martyrisée;
au casino, nous avons gagné un peu d’argent et assisté au French cancan local
j’étais un peu saoule sur le ferry, au coucher du soleil
-ne vous méprenez pas, il était 2 heures du matin
incroyable soleil de minuit.
La suite se passe sur la Top of the world Highway
je n’étais pas sereine sur cette route de cailloux qui surplombait tout
c’est vrai que c’est le toit du monde ici
je conduisais car nous nous apprêtions à passer la frontière
avec les Etats-Unis
ce poste frontière ouvrant le passage sur l’Alaska
fut le plus impressionnant que j’ai vu
par son altitude, au milieu de rien
vraiment rien
sinon des montagnes et une route de cailloux en épingles.
Après cette frontière, la route est de nouveau bitumée
bienvenue aux US !
je finis par passer le volant, il n’y a plus rien à craindre
– Ricco n’est pas assuré comme second conducteur
Je pourrais continuer comme cela
débiter comme dans un carnet de voyage
chronologiquement
les étapes qui nous ont mené jusque Fairbanks, Anchorage ou Seward
mais le plus important, est-ce bien cela ?
Je voudrais parler des aigles par dizaines
de la toundra encore à Denali
De Denali elle-même
de nos sleeping spot fabuleux
sur le lit d’une rivière parsemé de galets
face à la montagne enneigée
ou face à la mer, pardon le Golfe de Cook, presque le Pacifique Nord, presque la Mer de Béring, juste là
sous nos yeux avant de fermer les paupières
la plage et le clapotis des vagues
au milieu de tous ces nomades comme nous
garés à la file indienne.
On ne gêne personne
on nous laisse libres et en paix.
Je ne vais pas mentir, il faut mériter ces vues au réveil
il faut d’abord dévaler une pente raide et estimer que la remontée sera possible
il faut accepter dormir sur des parkings urbains
que des vaches fassent irruption
que des gens arrivent derrière toi en pleine nuit
sur cette aire de repos à côté de Waterton National Park
tout proche de la frontière avec le Montana
Moi je m’en fichais, je dormais bien dans ma Riva.
Et y en avait des vues magnifiques au réveil !
Bien-sûr, il y a eu des doutes quant au choix de certains sleeping spots
Surtout lorsque j’étais seule
je me souviens
Il fallait que ce soit safe
pas à la vue de tous
mais pas trop reculé de la route principale non plus
Le mieux, c’est quand c’était gratuit
Le pire, c’est quand je n’étais pas 100% satisfaite mais que la nuit tombait
fallait rester
Je me rappelle d’Harrison Hot Springs et de mon arrivée au camp
chaotique
J’avais mis tant de temps à me décider quant au lieu où j’allais dormir
éternelle indécise
que je me retrouvais à rejoindre le camp provincial bien trop tard
sur cette route pleine de nids-de-poule
que le noir m’empêchait d’anticiper.
J’avais bien pleuré cette nuit-là
après avoir réalisé que j’avais laissé
ce collier si important
à plus de 500 kilomètres de là.
J’avais rencontré un papy le lendemain
il m’avait parlé de sa petite ville
on avait surpris un ours qui vagabondait
dans l’obscurité de cette petite forêt de BC
quelle frayeur de randonner ici bas!
N’empêche que j’étais fière
au panneau mile 0 de Dawson Creek
porte d’entrée de la Alaska Highway
de ces road trip solo que j’accomplissais
de mes décisions d’itinéraire et d’arrêts pour la nuit
des fois où je garais ma voiture sur un bac pour continuer ma route après la rivière
de mes repas sur le pouce
des restau que j’improvisais
qu’est-ce que l’on se sent vivant quand on est pleinement aux commandes!
qu’est-ce que l’on se sent puissante
en tant que femme
quand on mène notre barque sans dépendre de personne.
Je dois admettre que ce n’était pas toujours facile d’être seule
de la compagnie j’en ai trouvé
à quelques rares endroits
des personnes âgées pour la plupart
qui me témoignaient de toute leur bienveillance et anecdotes.
Moi qui voulait prendre tout mon temps
lors de ce dernier road trip
je me retrouvais à avaler les kilomètres
déjà j’étais de retour sur la Icefields Parkway
la célèbre route qui relie Banff à Jasper
mince, j’étais allée trop vite
j’aurais aimé rebrousser chemin peut-être.
Il faut dire que c’était la dernière des dernières
lignes droites
avant l’arrêt soudain
de ma Riva et de ce rêve éveillé;
face au glacier Columbia
admiré pour la première fois onze mois auparavant
je me préparais à passer ma dernière nuit.
Les parasites avaient déserté
ne restaient que nous les veilleurs de glace.
Le dernier jour, la silhouette des Rocheuses dans mon rétroviseur
je pleurais de nostalgie déjà.
* La version qui n’intéresse personne, Emmanuelle Pierrot
Pour vous faire connaître ces sites dont l’existence m’a surprise au Canada, je travaille en ce moment sur la rédaction des articles suivants:
- Waterton National Park – bientôt publié
- Dinosaur Provincial Park
















Merci pour tout, cher pays

Quand je te lis, je t’entends…
Continue !!
Continue à te rappeler et nous raconter…
En te lisant ,j’ai voyagé avec toi . quelle aventure, continue de raconter tes découvertes ça me fais voyager aussi , de mon canapé car je suis trop vieille maintenant. Quelle chance tu as eu
Wowww! Merci pour tout ça, tu m’as fait revivre mes moments au travers les tiens! Je remercie la vie d’avoir fait en sorte que nos routes se croisent. Au plaisir de ce revoir. Je t’embrasse xxx
Merci pour ce partage, n’arrête pas d’écrire tu es faite pour ça.
Mais quel courage tu as eu, j’espère pour toi que tu pourras revivre ce genre d’aventure (peut être à deux sur tout le périple cette fois 😉)
Bisous